Polémique après un week-end violent à Rennes
Catégorie : Press
Publié par Anonimous le 12/12/2005
Les récentes échauffourées, en marge des Transmusicales, révèlent une divergence de vues entre la municipalité et la préfecture sur le maintien de l'ordre.
DEUX POLICIERS et vingt-trois manifestants blessés, dont deux dans un état jugé sérieux, une dizaine de vitrines détruites, ainsi que des abribus. Les affrontements entre forces de lordre et «teuf feurs» à Rennes ce week-end se sont soldés par une trentaine dinterpellations. Les jeunes, quelque quatre cents manifestants – dont beaucoup en état débriété –, sétaient rassemblés pour protester contre linterdiction par la préfecture dune rave party en marge du festival des Transmusicales. Pas moins de 15 000 à 20 000 personnes étaient attendus à ce tecknival.
Samedi, la manifestation a très vite dégénéré. Les plus excités se sont repliés autour de la place Sainte-Anne, cassant tout sur leur passage, avant que les gendarmes ne les dispersent au canon à eau et à coups de gaz lacrymogènes.
Edmond Hervé, le maire PS de Rennes, a clairement mis en cause la position de lEtat : «Linterdiction préfectorale a été une erreur et nous en avons subi les conséquences.» Et lélu dajouter : «Depuis plusieurs années, je demande à lautorité préfectorale de trouver un terrain susceptible daccueillir ce genre de manifestation. Jai peine à croire quil nen existe pas.»
Rennes, en tout cas, nest pas une ville commode pour la police. Avec sa concentration de débits de boisson, mi-bars mi-boîtes de nuits, dans le quartier de «la rue de la soif», en centre-ville, les samedis soir y deviennent de plus en plus chauds. «Les batailles rangées contre les forces de lordre place Sainte-Anne sont devenues une sorte de jeu pour certains groupes détudiants éméchés», sindigne un magistrat de la ville.
La municipalité a beau avoir pris un arrêté interdisant dans ce quartier la consommation sur la voie publique de canettes ou de bouteilles de bière qui peuvent devenir autant de projectiles en cas daffrontements, les maigres patrouilles de nuit qui se relaient le week-end dans la vieille ville ont bien du mal à le faire respecter.
Bagarres fréquentes
Et les riverains, excédés par le bruit et les bagarres fréquentes, se plaignent. Chaque samedi, les jeunes bravent linterdit du maire en consommant sur les trottoirs par dizaines, par centaines. «Mais les bars font leur chiffre daffaires», ironise un policier.
Les SDF aussi posent problème. Rennes sest fait depuis des décennies une tradition daccueil des exclus. Les associations religieuses caritatives, très actives dans cette Bretagne catholique, se sont organisées pour les prendre en charge. Mais de plus en plus de marginaux arrivent avec des chiens. Sachant pertinemment que les structures daccueil ne pourront les héberger en compagnie de leurs animaux souvent agressifs. Ce sont alors autant de groupes dalcooliques, parfois accompagnés dune véritable meute, qui se répandent en ville, suscitant de nombreux incidents.
En toile de fond, il y a le bras de fer permanent entre la Mairie et la Préfecture. La préfète, Bernadette Malgorn, nétait pas opposée à la rave des Transmusicales par principe. Elle réclamait simplement que le terrain proposé par la municipalité, près des étangs dApigné, soit mis en conformité avec les exigences de sécurité quimpose un grand rassemblement aux abords dun lieu où des jeunes peuvent se noyer. Surtout dans le contexte bien connu de ces soirées où lon consomme en quantité de lalcool et des drogues de synthèse.
Quoiquil en soit, la Mairie et la Préfecture ne parlaient pas dune même voix ce week-end. Un juge local le dit : «Ce double discours des représentants officiels est indéniablement le point dorigine des dérapages.» Fin juin, une jeune fille de 18 ans a été poignardée aux abords du site du tecknival de Carnoët (Côtes-dArmor). Un meurtre qui na toujours pas été élucidé.